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Périple au cœur de la sierra Madre


Depuis quelques temps, je lis pas mal de récits autobiographiques de personnes qui ont voyagé de façon insolite ou bien qui ont accompli un parcours de vie atypique. J'aime particulièrement les histoires d'aventure qui parlent de dépassement de soi, de vie hors du commun en dehors des schémas traditionnels ...


Récemment, en lisant mon dernier bouquin emprunté à la bibliothèque "J'irai jusqu'à la mer" de Laurent Hasse - qui parle de son périple à pied à travers la France des Pyrénées orientales jusqu'à Dunkerque- je me suis remémorée mon voyage au Mexique et toutes les expériences incroyables que j'ai pu y vivre pendant mes deux ans passés là-bas. Notamment, l'une d'elle qui se passe dans le désert au cœur de la Sierra Madre Orientale où j'ai passé un moment assez intense. C'est ce séjour que j'aimerais vous raconter un peu plus en détail.



Voila maintenant quelques mois que j'habite à Playa del Carmen, petite ville balnéaire des Caraïbes. Je cohabite avec Jun, une jeune fille originaire de San Luis Potosi - état du centre-nord du Mexique- elle m'invite à passer des vacances dans sa ville natale. Je suis ravie de cette proposition car je commence un peu à étouffer, la chaleur y est constante avec un taux d'humidité impressionnant et les touristes américains y sont aussi très nombreux et étouffants d'une autre manière.


Après quelques jours en ville, nous décidons de partir explorer Real de Catorce, un petit village mystique perdu à plus de 2700 mètres d'altitude, entouré de montagnes. Et à mesure que nous traversons le tunnel qui mène à l'entrée du village, j'ai la sensation d'avoir remonté le temps. Cela fait 1 heure que nous sommes ballotées sur une route en pavés, nous y croisons déjà quelques calèches. Les hommes portent pour la plupart bottes, ceinturons et chapeaux de cow-boy. Me voilà prise au beau milieu d'un western spaghetti.


Mon amie m'explique que le désert à proximité du village est connu car très marqué par la culture des indiens Huicholes. J'ai une grande admiration pour cette tribu, qui vit en harmonie avec la nature et qui possède une profonde spiritualité. Celle-ci se retranscrit entre autres dans leurs habits aux broderies colorés et leurs différentes formes d'arts, ils considèrent le rite et la magie comme supérieurs à la science. Ils ont notamment un rituel chamanique très ancien où il est question de manger un cactus aux propriétés hallucinogènes : Le Peyotl. Cela leur permet de rentrer en contact avec les esprits et leur ouvre les portes de la conscience.



Le lendemain de notre arrivée, nous sommes excitées à l'idée de traverser une partie du désert. Et nous optons pour l'option la plus traditionnelle et écologique : le cheval ! Idée qui sur le coup nous semblait merveilleuse. L'envie de ressembler à une Calamity Jane des temps modernes nous enchante et notre soif d'aventure prend le dessus sur la raison. Je n'ai aucune expérience en tant que cavalière et Jun non plus, nous n'avons aucune idée de la difficulté que peut engendrer un périple d'une journée entière à cheval en terrain escarpé. Je vais vite m'en rendre compte, car après 2 heures de cheval la fatigue se fait déjà sentir. Mais pour le moment je reste admirative par la beauté des paysages que je traverse, une immense variété de cactus longe notre chemin. Nous passons d'un paysage à l'autre et j'aimerais m'arrêter toutes les deux minutes pour contempler ce spectacle qui s'offre à moi.



3 heures après, mon corps commence à faiblir sérieusement, ma tête bouillonne et mes muscles sont sollicités à chaque mouvement de ma monture. Je suis en gainage permanent. Je commence à languir la fin du voyage et à bien délirer. Je me vois perdue a tout jamais au milieu de ce territoire poussiéreux et aride, condamnée à errer sans fin. Je m'en veux tellement de ne pas être une grande cavalière et de ne pas crier : "au galop !" Et partir à toute vitesse à travers champs; au lieu de ça nous évoluons péniblement au pas. Je me demande à des moments si je n'irais pas plus vite à pieds...Nous faisons une courte pause, pour chercher des peyotl, le fameux cactus hallucinogène. Le guide nous propose d'en manger mais nous refusons. Mon esprit est déjà assez torturé comme ça pour rajouter des hallucinations et autres révélations sur le sens de la vie.


En temps normal, Jun et moi sommes très complices, nous discutons sans cesse, de tout de rien, souvent prises de fou rire ou de profondes discussions philosophiques. Mais à ce moment là, plus personne ne parle, j'ose à peine regarder en sa direction. J'ai le sentiment que si l'une de nous commence à se plaindre, nous n'arriverons jamais à bout de cette journée.



Les rayons du soleil commencent à descendre sur les montagnes et nous assistons à un majestueux couché de soleil, mais nous sommes bien trop épuisées pour en apprécier la beauté. La dernière ligne droite se fait dans la douleur aussi pour les chevaux, qui grimpent une pente pendant au moins 1 heure durant. Nous croisons ça et là des habitations de fortune, des sortes de hameaux construits à flan de montagne. Des personnes habitent réellement ici perdues en pleins désert. J'ai du mal à imaginer ce que ça doit être de grandir ici.


Nous retrouvons enfin les rues pavées du village, les pauvres bêtes se ruent sur les bacs d'eau. Enfin la délivrance, je descends du cheval en me disant que je n'y remonterais pas de si tôt... Après un bon repas et une douche chaude, je retrouve mon lit et me demande si une nuit de sommeil suffira à me remettre sur pieds. Pendant plusieurs jours, j'ai gardé les stigmates du périple avec plusieurs bleus et égratignures sur les jambes, courbatures et coups de soleil.

Avec le recul, je ne regrette pas d'avoir fait cette excursion; ça a clairement repoussé mes limites et je me dis que mon corps est bien plus solide que je ne le crois.

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